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"Allocution" France Culture Mars 2006 - La Libre Pensée reçoit Dominique Simeone, esperantiste

Mesdames, messieurs, bonjour ou gesinjoroj bonan tagon.

Je m'appelle Dominique Simeone et je suis le responsable de la Commission Esperanto de la Fédération Nationale de la Libre Pensée ainsi que le Président de la Libre Pensée des Yvelines et le représentant de la Libre Pensée à la commission de contrôle des élections du Congrès des Peuples.

Je vais vous faire une présentation partielle du sujet que j'étudie à l'Institut de Recherches et d'Etudes de la Libre Pensée soit la Libre Pensée et l'Esperanto.

Je voudrai d'abord saluer la mémoire et l'action de Gilbert Lebec, un libre penseur espérantiste qui est décédé il y a un mois et qui a participé à mes travaux.

Comme vous le savez l'initiateur de la Langue Internationale ou encore de l'Esperanto est Louis Lazare Zamenhof. Il édite la première grammaire en 1887 qui comporte seize règles en tout aujourd'hui. Sa simplicité et son accessibilité feront que les premiers espérantistes dispersés de part le monde se retrouveront pour le premier Congrès Mondial d'Esperanto à Boulogne-Sur-Mer en 1905. Mais dès 1904, le Congrès Mondial de la Libre Pensée à Rome votera un voeu en faveur de l'Esperanto comme langue pour relier et pour émanciper les Hommes. Et de nouveau en 1905, alors que la Loi de Séparation des Eglises et de l'Etat va être adoptée et dont on a fêté en décembre 2005 le centenaire ainsi que le retour au texte d'origine comme de sa promotion en France et dans le monde, le Congrès Mondial de la Libre Pensée réunis au Trocadéro à Paris émet un voeu en faveur de l'Esperanto et de son apprentissage. Comme je le soulignais, le premier Congrès Universel des espérantistes sera traversé par le débat en faveur de la République et les laïques espérantistes français enlèveront une strophe cléricale que Zamenhof devait lire.

Mais en 1906 au Congrès Mondial de la Libre Pensée à Buenos Aires en Argentine, il est décidé de créer une Société Internationale Espérantiste de Libres Penseurs. Dès le Congrès Universel de Cambridge en 1907, cette Société est créée par les espérantistes des mouvements progressistes de l'époque dont Moch et Fi-Blan-Go. Elle existera jusqu'en 1914 avec comme journal la Libera Penso (la Libre Pensée). En 1923 elle réapparaît en Ligue Internationale des Libres Penseurs avec comme journal la Liberpensulo (le Libre Penseur) jusqu'en 1927. Alors qu'en 1925 est créé l'Internationale des Prolétaires Libres Penseurs.

Mais où sont les espérantistes libres penseurs?

En 1921 est créée au Congrès Universel de Prague, Sennacieca Asocio Tutmonda ou S.A.T., l'Association Anationale Mondiale, principalement par Eugène Lanti. Cette association qui existe toujours, ne reconnaissait pas la neutralité de la Langue et était favorable au débat politique. En ce sens les espérantistes libres penseurs y étaient et dès 1929 une section libre penseuses existe et ne  sera plus animée après 1932 pour ce qui concerne l'entre deux guerres.

Parallèlement l'Union Mondiale des Libres Penseurs dans les années 1930 se réfère au Congrès Mondial de 1904 dans un climat politique difficile. Vers 1935 est créé SAT-Amikaro soit l'ensemble des amis de S.A.T., l'association francophone de S.A.T. dans laquelle  agissent des libres penseurs.

Dans les années 1960, André Caubel un libre penseur espérantiste important joue un rôle essentiel au sein de S.A.T., SAT-Amikaro, de l'Union Rationaliste, de la Libre Pensée et aussi de l'Union Mondiale des Libres Penseurs qu'il quittera vers 1970.

Enfin vers 1990 est née l'association ATEO avec comme journal Ateismo au sein de l'Asociation Universelle d'Esperanto. ATEO a pour but de réunir les athées et les libres penseurs.

Revenons à la Fédération Nationale de la Libre Pensée, en 2001 à son Congrès National de Givors une motion est votée et dit : « Le Congrès National de la Libre Pensée affirme la nécessité de promouvoir l'usage de l'Esperanto, langue porteuse de valeurs, universalistes et pacifistes, chères à la Libre Pensée, auprès d'institutions internationales, notamment l'UNESCO. »

De même en juillet 2005, au Congrès Mondial de la Libre Pensée à Paris est votée une motion qui dit : « Le congrès mondial de la Libre Pensée

 -considère que la  barrière des langues entrave l'échange direct d'idées, d'expériences et d'informations dans le combat pour la liberté de la pensée, contre l'obscurantisme, l'exploitation des croyances et des superstitions, et que, dans une perspective de progrès social, sans nuire à la diversité et à la richesse linguistique et culturelle, cette entrave doit être abolie par l'usage d'une langue libre de tout lien avec quelque puissance que ce soit, anationale, accessible et équitable.

 -estime que la mise en oeuvre d'une solution accessible, équitable et efficace pour la communication linguistique entre les peuples fait partie des urgences de notre temps, il appelle à la prise en considération, dans ce rôle, de l'espéranto, dont le champ d'application est déjà tyrès étendu, et qui a fait l'objet de nombreuses recommandations de personnalités et d'organisations parmi lesquelles l'UNESCO.

- appelle ses adhérents et sympathisants à s'engager dans une action volontariste d'échanges sans frontières et d'abolition rapide des barrières des langues afin de s'opposer efficacement à l'exploitation rationnelle de l'irrationnel, du mystère, de la crédulité, des superstitions, de la naïveté. »

Enfin je vous lis la fin de la Résolution Esperanto du Congrès National de la Libre Pensée à Metz en août 2005 qui dit : « Ainsi, cette langue internationale permet les échanges sans frontières et abolit les frontières linguistiques à travers sa rationalité.

Il apparaît de cette manière que cette fraternité linguistique est un moyen pour s'accorder sur des valeurs humanistes, athées et laïques, et en ce sens aborder la résolution des désordres mondiaux pour placer l'humain comme valeur essentielle de nos espoirs présents et futurs.

A l'occasion du Congrès Nationale de Metz nous appelons les libres penseurs non espérantistes à faire le pas de s'affranchir des frontières linguistiques nationales et s'engager dans l'apprentissage de la langue internationale au sein des groupes associatifs historiquement liés à la Fédération Nationale de la Libre Pensée.

Il apparaît aussi nécessaire, dans l'ordre historique actuel, que la fédération nationale de la Libre pensée réserve à l'esperanto une place dans sa structure sous la forme d'une commission, afin de créer un espace organisationnel et d'appuyer les actions locales, nationales et internationales de la Libre pensée. On pourra nommer cette commission « Commission Esperanto ».

Nous venons de parcourir un peu plus d'un siècle de relation entre le mouvement espérantiste et la Libre Pensée.

Je vais maintenant vous parler de mon travail de recherches au sein de l'Institut de Recherches et d'Etudes de la Libre Pensée ou I.R.E.L.P..

Cet Institut a été fondé à l'initiative de la Fédération nationale de la Libre pensée en juin 1999. Il vise à réunir entre autres les archives nationales de la Libre Pensée.

En ce sens les recherches concernant l'Esperanto significatives. Nous possédons peu de documents.

Prenons les congrès mondiaux, celui de Buenos Aires en 1906. Pour le moment je n'ai que des données indirectes mais aucune source sur le Congrès lui-même qui est essentiel dans la décision de créer la Société Internationale de Libres Penseurs. Ce que j'observe sur un siècle d'un mouvement que l'on a souvent occulté, et dont les sources restent à découvrir voire ont disparu par les aléas du temps, c'est la difficulté de faire émerger ce type d'objet historique. De la même manière, je tente d'élaborer une prosopographie des libres penseurs espérantistes. Mais je n'accède qu'à ceux qui ont des responsabilités dans des structures associatives ou officielles. Mais la majorité des membres restent inconnus. Quand ils sont nommés, rarement le fait qu'il soit libre penseur ou  espérantiste apparaît.

Ce qui pourrait me faire avancer cela serait des archives personnelles. Mais là encore, celles-ci lors de la disparition d'un membre de la famille sont dispersées et s'il s'agit de documents en espéranto il est encore plus difficile de les voir conservés.

Le problème est encore plus important au niveau international. Le siècle dernier a vu de nombreuses formes de pouvoirs anti-démocratiques. Ce qui fait que la mémoire d'un ouvrier hongrois espérantiste et libre penseur entre 1920 et 1940 a peu de chance d'avoir été conservée.

Je vais quand même vous donner un exemple qui offre un peu d'espoir.

En 1904 et 1905, au Congrès Mondial de la Libre Pensée, le représentant pour la Bohême est Karel Pelant. Il soutien le voeu concernant l'Esperanto  et à première vue aucune autre information sur ce libre penseur espérantiste. En rentrant en contact avec un esperantiste japonais de plus de 90 ans et traducteur de la langue Tchèque ainsi que d'écrivains Tchèques, ce  dernier m'a indiqué qu'un ouvrage de 1910 mentionne la Libre Pensée et des libres penseurs Tchèques. Ainsi Kurisu Kei m'interroge à ce sujet. Je contacte un espérantiste Tchèque  qui le jour même édite en espéranto une biographie de Karel Pelant sur wikipedia.

Mais là encore les recherches concerne un auteur connu pour lequel il demeure des traces manuscrites et elles donnent des résultats.

Je me permets de vous raconter ce travail de recherches car il apparaît qu'à la fois la mémoire du mouvement espérantiste a souvent été censurée, masquée ainsi que celle des libres penseurs.

l'I.R.E.L.P. s'est donné comme but de réunir les archives nationales et également des archives internationales dont celle des espérantistes libres penseurs. Car il est nécessaire d'offrir un lieu de conservation, de consultation des sources souvent rares. L'actualité nous montre que la mémoire entre autre du mouvement ouvrier est sacrifiée au profit d'une histoire officielle que l'on veut légiférer. L'enjeu de tels travaux est capital quand on sait que des oeuvres ont disparu sous la domination dogmatique des croyances. Notre époque connaît une multiplication des moyens mémoriels ainsi que d'un champ géographique étendu.

Mais en même temps, il nous appartient d'agir en conséquence pour que la connaissance, les sources ne disparaissent pas ou soient mises de côté.

L'Esperanto est une langue vivante, le mouvement espérantiste à une histoire, il nous appartient de nous en saisir pour faire vivre leur réalité dans le monde qui est en train de se construire.

 

Ainsi que l'on a pu le voir la Libre pensée et l'Esperanto ont une histoire commune et un avenir en commun.

Je vous ai tracé les grandes lignes de mes recherches mais il me reste à trouver encore des documents. J'en profite pour vous dire que si vous disposez ou connaissez des archives liées à la Libre pensée et aussi à l'esperanto, veuillez contacter l'Institut de Recherches et d'Etudes de la Libre Pensée au siège de l Fédération Nationale.

De la même manière si vous désirez des informations complémentaires sur la Libre Pensée et l'Esperanto, veuillez contacter la Commission Esperanto à la Fédération Nationale de la Libre Pensée au 10/12 rue des Fossés-Saint-Jacques 75005 Paris.

 

J'en profite pour vous lire la « Rétrospective sur une résolution centenaire de la Libre Pensée en faveur de l'espéranto »

« A cette époque, le grand géographe Elisée Reclus avait déjà pu constater et noter dans son ouvrage magistral, « L'Homme et la Terre »: Les progrès de l'espéranto sont rapides, et l'idiome pénètre peut-être plus dans les masses populaires que parmi les classes supérieures, dites intelligentes. C'est, d'un côté, que le sentiment de fraternité internationale à sa part dans le désir d'employer une langue commune, sentiment qui se rencontre surtout chez les travailleurs socialistes, hostiles à toute idée de guerre, et, de l'autre, que l'espéranto, plus facile à apprendre que n'importe quelle autre langue, s'offre de prime abord aux travailleurs ayant peu de loisirs pour leurs études.

 

Elisée Reclus ajoutait cette constatation toujours actuelle  : Chose curieuse, cette langue nouvelle amplement utilisée déjà ; elle fonctionne comme un organe de la pensée humaine, tandis que ses critiques et adversaires répètent encore comme vérité ardente que les langues ne furent jamais des créations artificielles et doivent naître de la vie même des peuples, de leur génie intime. Ce qui est vrai, c'est que les racines de tout langage sont extraites en effet du fond primitif, et l'esperanto en est, par tout son vocabulaire, un nouvel t incontestable exemple. 

 

Un siècle après les premiers pas de l'espéranto en France et dans le monde, Internet donne une impulsion et ouvre de nouvelles perspectives à cette langue conçue pour rendre la communication linguistique plus accessible, plus facile, plus équitable entre les peuples.

 

J'ai tiré cet extrait des Actes du Congrès Mondial de la Libre Pensée à Paris en 2005. Edité en décembre 2005, vous pourrez vous le procurer au siège de la Libre Pensée.

Au revoir. Gis revido

 

 

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